Projet phare
Transition agricole vers une biodiversité productive en Inde
Restauration de la biodiversité et réduction des pertes de récolte et de la consommation d’eau pour des foyers agricoles adivasi de trois États indiens, auprès de plus de 500 agriculteurs.
Le défi
Dans le Jharkhand et le Madhya Pradesh, des pratiques agricoles non durables, dont un usage excessif de pesticides et une mauvaise gestion de l’eau, dégradent les paysages, appauvrissent la biodiversité et menacent la sécurité alimentaire. La faible adoption de solutions fondées sur la nature a fragilisé la santé des écosystèmes, la qualité des sols et de l’eau et la productivité agricole, d’où le besoin d’approches durables et fondées sur les faits, qui améliorent la résilience tout en soutenant les revenus des agriculteurs.
Notre objectif
Promouvoir une agriculture durable par des solutions fondées sur la nature qui restaurent la biodiversité, améliorent la santé de l’eau et des sols, renforcent la sécurité alimentaire et les moyens d’existence et augmentent la productivité des cultures. Le projet vise aussi à faire valider ces approches par les parties prenantes et à les intégrer aux programmes publics, pour un déploiement durable.
Notre approche
Le projet associe restauration de la biodiversité, gestion écologique des ravageurs et lutte antiparasitaire par la gestion de l’eau à la parcelle. Les activités comprennent la cartographie et l’évaluation des haies existantes, la mise au point d’un outil de planification SIG pour localiser les emplacements propices aux haies vives, la remise en état de parcelles de référence et la documentation de leurs effets. Pour améliorer la sécurité alimentaire, le projet évalue l’impact des rongeurs, élabore des supports de formation et des lignes directrices de gestion, forme les agents de terrain à une lutte contre les rongeurs fondée sur l’écologie et diffuse les enseignements par des produits de connaissance. Il teste également l’irrigation alternée par submersion et assèchement (AWD), une pratique économe en eau qui réduit les coûts d’irrigation et la pression parasitaire dans le riz, et documente d’autres solutions fondées sur la nature, comme les biofertilisants, tout en mobilisant les administrations et les acteurs pour appuyer la mise en œuvre et le déploiement futur.
L’impact en chiffres
Combinées, ces interventions ont renforcé la sécurité alimentaire, abaissé le coût des intrants par foyer et réduit la pression sur les ressources naturelles dans toute la zone du projet. Le projet a bâti un modèle d’agriculture fondée sur la nature reproductible et étayé par les faits, qui nourrit désormais le dialogue avec les administrations en vue d’un passage à l’échelle adossé aux politiques publiques.
Points forts
- Plantations pilotes de haies de pois d’Angole et d’acacia le long des diguettes, avec un choix d’espèces et de sites guidé par des évaluations de terrain au Jharkhand et au Madhya Pradesh
- Installation de capteurs de sol, de vent et de microclimat pour suivre dans la durée la performance des haies
- Comparaison économique entre parcelles avec et sans haies, pour étayer la rentabilité de la haie associée aux cultures
- Publication du manuel « Greening Boundaries », accompagné de billets de blog, d’études de cas et de vidéos pour diffuser l’approche
- Appui à la remise en état de haies dégradées par les agriculteurs eux-mêmes : taille, regarnissage et outils de cartographie SIG
- Déploiement d’un modèle EBRM en quatre étapes, cartographie des terriers, fumigation et obturation synchronisées, distribution de pièges et suivi, dans tous les villages d’intervention
- Introduction de perchoirs à oiseaux, solution de prédation naturelle peu coûteuse et portée par les communautés
- Documentation de pratiques domestiques comme le stockage surélevé du grain et la présence de chats, en complément de la lutte contre les rongeurs
- Échantillonnage contrôlé des rendements pour chiffrer l’intérêt économique de l’adoption de l’EBRM
- Identification du village de Mahuatand comme site modèle performant, à reproduire
- Test d’un suivi du niveau d’eau par tube, avec formation des agriculteurs à n’irriguer qu’une fois le niveau descendu au seuil de sécurité
- Association de l’AWD à des intrants naturels (Jeevamrit, Neemastra, Agneyastra) en remplacement des engrais et pesticides chimiques
- Pose de pièges collants jaunes pour suivre la pression parasitaire selon les régimes hydriques
- Comparaison des parcelles AWD et conventionnelles sur la fréquence d’irrigation, la consommation de carburant et le rendement
- Recueil des perceptions initiales des agriculteurs sur la gestion de l’eau, pour guider le passage à l’échelle en saison rabi
Paroles du terrain
Avant, nous perdions chaque année une bonne part de notre grain stocké à cause des rats. Aujourd’hui, avec les pièges et l’obturation des terriers, nous constatons bien moins de dégâts chez nous : ils ont baissé de plus de 50 %.
Nous pensions que la rizière avait toujours besoin d’une lame d’eau. Nous comprenons maintenant que le niveau d’eau se gère, et que cela économise l’eau et l’argent tout en réduisant les attaques de ravageurs.
Avant, nos diguettes ne servaient à rien, il n’y poussait que de l’herbe. Aujourd’hui, le pois d’Angole nous procure un revenu supplémentaire et l’acacia nous donnera du bois de feu et des feuilles pour le compost. Les haies protègent aussi notre riz du vent et de la verse.

Histoire de réussite
De diguettes inutilisées à une seconde récolte
Pendant des années, les diguettes de la parcelle de Suhaniya Durvey, au village de Dudhera, sont restées nues. « Les diguettes ne servaient à rien, nous n’y cultivions jamais rien », se souvient-elle. Comme la plupart des agriculteurs de la zone, elle n’y voyait que des bordures, pas une terre ayant sa valeur propre. Tout a changé quand le pois d’Angole a été introduit le long des diguettes dans le cadre de l’intervention sur les haies. Dès la première saison, Suhaniya a récolté environ 120 kg de pois d’Angole sur cet espace jusque-là perdu, de quoi couvrir toute la consommation annuelle de son foyer. Les feuilles ont été compostées et rendues à la parcelle, apportant un engrais naturel au sol. Les bénéfices sont allés au-delà de la récolte : les haies ont aidé à retenir l’humidité pendant les périodes sèches et ont suffisamment freiné le vent pour éviter la verse du riz, un problème qui a durement touché plusieurs parcelles voisines non protégées cette saison-là.
Encouragée par ces résultats, Suhaniya prévoit d’étendre la pratique la saison prochaine et aide déjà d’autres agriculteurs de son village à s’y mettre. À terme, les acacias plantés à côté deviendront une source durable de bois de feu et de bois d’œuvre, transformant des diguettes autrefois inutilisées en source d’alimentation, de revenu et de résilience pour sa famille.
Le riz d’autres parcelles est tombé sous l’effet du vent, le nôtre a tenu grâce aux haies.
Suhaniya Durvey · Village de Dudhera, bloc de Samnapur, Dindori, Madhya Pradesh
Impressions





