52 % de la population mondiale a moins de 35 ans, en majorité en Asie et en Afrique. En Afrique, 53 % de ces jeunes ont moins de 15 ans, contre environ 40 % dans le reste du monde. L’Asie est légèrement au-dessus, à 43 %, tandis que l’Amérique du Nord affiche la proportion la plus faible de jeunes de moins de 15 ans, à 39 %.
Ouvrir des perspectives aux jeunes en matière d’éducation, de revenus et de participation socioculturelle est l’un des grands défis de notre époque. Il est malheureusement à la fois amplifié et éclipsé par les autres grands défis que l’humanité s’inflige à elle-même : le changement climatique et la destruction des ressources naturelles, la révolution numérique et de l’IA, et un penchant récemment ravivé pour la guerre et la violence organisée.
La coopération au développement reconnaît de longue date que les perspectives offertes aux jeunes constituent un impératif transversal pour tous les programmes et projets. Dans l’idéal, les jeunes sont les promoteurs et les vecteurs d’un changement positif et d’une transformation vers des moyens d’existence durables dans les économies pauvres et émergentes.
Au quotidien, toutefois, les programmes de développement se heurtent à des difficultés concrètes. Les jeunes des ménages à faibles revenus subissent une triple peine : manque d’éducation et de compétences, manque de financement et de moyens de production, c’est-à-dire de ressources, et manque de voix. Dans des projets à durée limitée, il faut maintenir une ligne claire pour ne pas disperser les budgets ni manquer les objectifs. Or l’expérience montre que toucher les jeunes de façon durable suppose une approche intégrée. Les programmes doivent, au minimum, traiter en même temps le déficit de compétences et celui de ressources. La BERD a par exemple conçu un programme « Youth in Business », déployé dans plusieurs pays ou régions (Asie centrale, Égypte, Maroc, Türkiye et Balkans occidentaux). Il repose sur une ligne de crédit destinée aux institutions financières (IF), tout en aidant ces dernières à bien comprendre le marché cible et à adapter leurs produits, et il propose en outre des formations à l’entrepreneuriat et à la gestion financière pour les jeunes entrepreneurs.
GOPA a mené des projets qui :
- Ciblent le déficit de compétences sans négliger le financement : GOPA AFC a par exemple formé des jeunes du Malawi aux compétences agricoles et entrepreneuriales. Nous sommes ensuite allés plus loin en mettant ces jeunes en relation avec des institutions financières, à l’occasion d’« événements de pitch » organisés par notre projet.
- Ciblent le déficit de ressources sans négliger les compétences. GOPA Tech a par exemple piloté un projet qui a permis de construire des centres d’incubation pour quatre instituts de formation professionnelle au Kenya. Le projet a ensuite révisé et testé une formation à l’entrepreneuriat pour les jeunes qui fréquentent ces centres. Pour la GIZ, GOPA AFC a assuré le renforcement des capacités en financement des MPME auprès de différentes catégories d’institutions financières au Ghana. Avec l’une d’elles, une société d’épargne et de crédit présente dans tout le pays, nos experts ont conçu un produit destiné au segment des jeunes.
Une occasion de renforcer les compétences du personnel des institutions financières
GOPA AFC a créé une formation en ligne complète destinée aux banquiers pour acquérir les compétences nécessaires afin de s’adresser aux femmes et de concevoir des produits pour elles. Plusieurs des techniques abordées valent tout autant pour les jeunes : approche par le cycle de vie du client, conception de produits centrée sur l’humain, segmentation du marché. De plus, si les résultats de ces produits financiers et non financiers sont bien documentés, ces initiatives ouvrent aussi des possibilités de financement attractives pour les institutions financières.
Il est très difficile pour un jeune de créer une entreprise, car il ne dispose généralement ni du capital de départ pour acquérir des moyens de production ni d’un fonds de roulement. Les prêts des institutions financières formelles restent le plus souvent hors de portée, faute d’historique de crédit et de garanties matérielles.
Les produits d’épargne destinés aux mineurs et aux très jeunes adultes constituent donc un pilier central. Prendre l’habitude d’épargner, et même développer une culture de l’épargne, présente plusieurs avantages : les jeunes acquièrent une culture financière et développent des compétences tournées vers l’avenir, planifier, faire preuve de patience et de persévérance dans la poursuite de leurs plans. S’ils épargnent ensemble, ils acquièrent aussi des compétences collaboratives et posent les bases de réseaux avec des personnes qui partagent la même approche financière. Enfin, leur épargne peut constituer le capital d’amorçage d’une activité entrepreneuriale et un bon point de départ pour qu’une institution financière leur accorde un premier petit prêt.
Du point de vue d’une institution financière, les jeunes et les femmes partagent plusieurs caractéristiques qui les font apparaître comme des cibles risquées et coûteuses : faute d’historique de crédit et de garanties, ils sont difficiles à évaluer. En outre, ni les uns ni les autres ne peuvent généralement engager librement des biens familiaux ou du foyer. Les jeunes n’en sont pas propriétaires ; dans plusieurs régions du monde, les femmes sont par ailleurs empêchées, culturellement voire juridiquement, de contracter un prêt en leur nom propre.
Il existe pourtant de solides arguments pour considérer que servir les différents segments de femmes et de jeunes avec des services financiers et non financiers est un bon investissement, autant qu’une marque de responsabilité d’entreprise. Gagner comme clients les jeunes et les jeunes entrepreneurs d’aujourd’hui, c’est servir les dirigeants de demain, les personnes comme leurs entreprises. Cela ne signifie pas qu’il faille regrouper jeunes et femmes (et d’autres groupes socialement défavorisés) dans une même catégorie, comme le font parfois les programmes des bailleurs. Au contraire, les exemples de réussite montrent que le choix stratégique et la détermination sont les briques de base : pensons aux nombreuses institutions financières partenaires de Women’s World Banking, un investisseur social spécialisé dans la construction de services financiers rentables pour les femmes. Pensons aux réseaux coopératifs et aux caisses d’épargne en Europe, qui ont depuis longtemps ouvert la voie en s’adressant aux jeunes, y compris aux mineurs.
Financer les jeunes pour qu’ils construisent leurs moyens d’existence est un défi qui en vaut la peine et qui peut devenir une véritable opportunité pour les institutions financières. C’est aussi un enjeu économique et social important. La clé du succès réside donc dans des partenariats qui articulent accès au financement, développement des compétences et prise en compte de la parole des jeunes.
Pour plus d’informations, veuillez contacter : oliver.schmidt [at] gopa.eu (oliver[dot]schmidt[at]gopa[dot]eu) ou stefan.martiniak [at] gopa.eu (stefan[dot]martiniak[at]gopa[dot]eu).