Depuis 2016, GOPA AFC contribue au projet de la GIZ connu, dans sa dernière phase de juin 2023 à mi-2026, sous le nom de « Green Economy and Sustainable Private Sector Development » (GESPSD). Le financement du BMZ, complété par des contributions de la DDC et de l’UE, a offert une grande souplesse pour déployer des stratégies répondant aux besoins de développement et produire des résultats durables. Les stratégies de mise en œuvre se sont concentrées sur le développement des chaînes de valeur et des systèmes de marché, afin d’améliorer l’efficacité des ressources, l’inclusion et la résilience climatique et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Principaux résultats
- Extension de l’agriculture de conservation : s’appuyant sur les initiatives précédentes, le projet a réussi à promouvoir les pratiques « towards conservation agriculture » (TCA), dont le semis direct et le travail minimal du sol, sur 2 100 hectares de terres pluviales. Plus de 600 agriculteurs, dont 20 % de femmes, 15 % de jeunes et 15 % issus de groupes vulnérables, ont bénéficié de rendements supérieurs et d’une meilleure fertilité des sols. Les équipes d’agriculture de conservation, réunissant stations de machinisme, fournisseurs d’intrants, services de conseil et agences de microcrédit, ont constitué la base d’un dispositif organisationnel durable. Les capacités financières des agences de microcrédit ont été renforcées par des fonds renouvelables. Ce modèle a été repris par le Programme alimentaire mondial et par le projet « Value Chain Agro Finance » financé par la KfW et l’UE, qui ont ensemble accompagné 600 agriculteurs supplémentaires sur 1 800 hectares. Au total, 1 200 agriculteurs cultivant 3 900 hectares de terres pluviales appliquent la méthode TCA, une masse critique susceptible de servir de noyau à une diffusion autonome. Le ministère kirghize de l’Agriculture soutient par ailleurs activement la diffusion de cette technologie.
- Innovation dans la chaîne de valeur du riz : dans la région de Batken, le projet a introduit une fertilisation équilibrée et de meilleures technologies de production et de séchage du riz. 410 riziculteurs ont augmenté leurs rendements moyens de près de 30 % par rapport aux méthodes traditionnelles. Des séchoirs à riz abordables, partiellement mobiles, ont été développés : ils offrent un service de séchage aux producteurs et remplacent le séchage sur les routes goudronnées. L’approvisionnement en semences de qualité a été consolidé par la mise en place d’un système de multiplication de variétés ouzbèkes performantes. La création de la coopérative « Birimdik Talaasy », en collaboration avec une agence de microcrédit, offre à ses membres services de conseil et fourniture d’intrants. Les engrais complexes phosphatés et potassiques promus par le projet sont désormais disponibles sur les marchés locaux, ce qui étend les bénéfices de la fertilisation équilibrée au-delà des seuls agriculteurs du dispositif.
- Développement de la filière des petits fruits : pour offrir aux agriculteurs une alternative à la riziculture, forte consommatrice d’eau, la production de fraises a été améliorée, d’abord avec deux groupes de 45 producteurs (principalement des femmes) orientés vers la production en jardin. Les rendements ont augmenté de 70 %. La culture moderne de la fraise a ensuite été encouragée par l’introduction d’un système de conseil fondé sur le suivi des cultures, désormais géré par un prestataire de services de commercialisation à Kadamjai. À l’échelle nationale, le projet a soutenu la formation de 55 conseillers spécialisés pour combler le déficit de connaissances au niveau des exploitations. L’Association des producteurs de petits fruits devrait reprendre la gestion de ce système de conseil.
- Développement de la filière prune : pour répondre aux exigences du marché européen, nettement plus rémunérateur que le marché russe, les producteurs de prunes du district d’Aksy, dans la région de Jalal-Abad, ont été certifiés en agriculture biologique. La transformation a été adaptée aux besoins du marché européen, avec la mise en relation d’un exportateur kirghize et d’un importateur allemand. Malgré des difficultés, l’exportation de pruneaux vers l’Europe se stabilise, au bénéfice de 112 producteurs membres de la coopérative Aky Sun Planet Organic, qui organise la transformation et la commercialisation.
- Réussite des primeurs à Burgondu : à Burgondu, les filières de légumes primeurs (surtout le poivron doux) ont été améliorées pour les marchés national et russe. Un système de conseil a été mis en place, avec standardisation des hybrides, création d’un système de crédit pour semences et engrais, amélioration de la production de plants sous serre et construction d’un centre logistique doté d’une chambre froide pour la commercialisation. La coopérative de Burgondu accompagne 152 producteurs de poivrons, pour une production d’environ 3 500 tonnes sur 108 hectares, dont 1 200 tonnes commercialisées via le centre logistique. Les agriculteurs ont plus que doublé leurs rendements et nettement accru leurs revenus. Les investissements dans le froid, la logistique et le système de production et de commercialisation ont fait de la coopérative un modèle national pour les légumes primeurs.
- Formation et renforcement des capacités en économie verte : le projet a élaboré et intégré des cursus d’économie verte dans huit établissements d’enseignement supérieur, formé plus de 240 enseignants et touché jusqu’à 2 000 étudiants par an. Des enseignants du secteur public et des agents de la fonction publique ont également bénéficié de formations sur mesure, contribuant à former une nouvelle génération de professionnels sensibles aux enjeux environnementaux.
L’impact en bref
- Plus de 2 200 MPME appliquent désormais des pratiques vertes certifiées, avec une forte représentation des femmes, des jeunes et des groupes vulnérables.
- 515 MPME ont accédé à de nouveaux marchés, y compris internationaux et régionaux.
- Les émissions de CO2 dans les zones ciblées ont baissé de plus de 40 %, dépassant l’objectif de 30 % du projet.
- Les revenus des agriculteurs ont progressé en moyenne de 30 à 50 % selon les filières.
- Plus de 1 000 emplois créés, dont la moitié occupés par des femmes.
- Plus de 1,4 million d’euros mobilisés en investissements verts.
Enseignements
- L’exploitation est le maillon décisif : au Kirghizistan, le niveau de l’exploitation est le principal goulet d’étranglement de la plupart des filières agricoles. Les services aux exploitations et les structures de commercialisation doivent être adaptés au système de production paysan. Les activités d’appui au développement organisationnel sont essentielles pour renforcer le pouvoir de négociation des agriculteurs sur le marché. La pérennité dépend de la capacité des organisations locales à gérer et à étendre ces services de manière autonome.
- Une approche globale des services aux exploitations : les services essentiels doivent être proposés simultanément pour permettre aux agriculteurs d’adopter les innovations. Cela inclut le conseil et l’accès au crédit. Le développement des équipes d’agriculture de conservation pour promouvoir la TCA en est un exemple : il associe services de machinisme, conseil, fourniture d’intrants et produits financiers via des fonds renouvelables.
- L’adaptation locale et les solutions concrètes comptent : une lecture réaliste de la situation locale est déterminante. Les solutions techniques doivent être adaptées aux capacités des agriculteurs et rentables dès la première campagne. Évolution des technologies plutôt que révolution. Les solutions doivent être simples, économiques et faciles à adopter. Les meilleures sont celles déjà éprouvées quelque part dans le pays.
- Partenariats et appropriation locale sont indispensables : la réussite a reposé sur des partenariats solides entre administrations, coopératives, services de conseil et secteur privé. Encourager l’appropriation et le leadership locaux garantit que les acquis se poursuivront au-delà de la fin officielle du projet.
- L’inclusion nourrit la pérennité : associer activement femmes, jeunes et groupes vulnérables, par des formations ciblées, un accès au crédit et l’adhésion aux coopératives, accroît la participation et l’équité des bénéfices. Fixer des objectifs d’inclusion précis et en suivre l’avancement garantit qu’aucun groupe cible n’est laissé de côté. Cela suppose des efforts supplémentaires substantiels, au-delà du simple appui aux chaînes de valeur.
- L’accès au marché et les normes de qualité changent la donne : aider les agriculteurs à satisfaire aux normes internationales (certification biologique de l’UE pour les prunes, GlobalG.A.P. pour les petits fruits et les légumes) ouvre de nouveaux débouchés et améliore les revenus. La collaboration avec des prestataires techniques nationaux et des coopératives est indispensable pour rendre ces services durables.
- Souplesse et apprentissage continu : l’évolution des situations locales, des conditions climatiques, des marchés et des capacités organisationnelles exige des stratégies de mise en œuvre souples et un apprentissage permanent. Retours réguliers, essais pilotes et accompagnement entre pairs aident à affiner les activités et à répondre aux besoins émergents.
- Éducation et changement de comportement demandent du temps : intégrer des cursus d’économie verte dans les universités et les écoles a été une avancée majeure vers un changement durable. Faire évoluer les mentalités et les pratiques exige toutefois un effort continu, des incitations et un appui suivi aux enseignants et aux étudiants. Suivre et adapter les approches pédagogiques sera déterminant pour la suite.
Conclusion et perspectives
Le projet Green Economy and Sustainable Private Sector Development a nettement contribué à un secteur agricole plus résilient, plus inclusif et plus intelligent face au climat au Kirghizistan. En associant innovations concrètes, renforcement des capacités et partenariats stratégiques, il a produit des effets mesurables pour des milliers d’agriculteurs et d’entrepreneurs. Pour la suite, la poursuite de l’appui aux organisations locales, de nouveaux investissements dans les technologies vertes et un effort éducatif continu seront déterminants pour capitaliser sur ces acquis. Avec la transition vers de nouvelles initiatives et la coopération continue entre acteurs, le Kirghizistan est bien placé pour faire progresser son économie verte et donner l’exemple d’un développement rural durable dans la région.
Pour en savoir plus, contactez : ninakristin.thurn [at] gopa.eu (ninakristin[dot]thurn[at]gopa[dot]eu)