Depuis 2021, GOPA AFC met en œuvre le Sustainable Rural Development Project in Albania. Cette année-là, la mineuse de la tomate Tuta absoluta a commencé à poser un grave problème dans les serres albanaises. Originaire d’Amérique du Sud, ce ravageur s’est ensuite répandu dans la région méditerranéenne d’ouest en est. Résistant à de nombreux pesticides, il a conduit les producteurs à pulvériser toute une gamme de produits en grandes quantités. D’où, évidemment, des résidus élevés dans les récoltes, mal accueillis par les marchés d’exportation de l’Albanie.
GOPA AFC a répondu à ce défi en introduisant des pièges à phéromones destinés à attirer les mâles de Tuta, et a ainsi maîtrisé les populations sur plusieurs sites de démonstration. Ce dispositif a été associé au biopesticide Bacillus thuringiensis (B.t.). Résultat : le nombre de traitements contre Tuta a été plus que divisé par deux. Les aleurodes sont toutefois devenus un problème et les producteurs ont pulvérisé des pesticides pour les combattre.
En 2022, nous avons organisé une livraison test d’insectes auxiliaires (BCO, organismes de lutte biologique) pour les lâcher dans des serres de démonstration contre les aleurodes et les mineuses, ainsi que les pucerons qui commençaient à poser problème. La plupart des producteurs, cependant, ne croyaient pas à l’efficacité de cette méthode et ont continué à utiliser des pesticides, souvent incompatibles avec les auxiliaires.
Nous avons compris que la lutte biologique est avant tout une question de connaissances, d’attitude et de confiance. En 2023, 87 exploitations sous serre intéressées par les auxiliaires ont donc été formées à leur bonne conduite et sensibilisées aux risques liés aux pesticides. Nous les avons mises en relation avec trois fournisseurs d’intrants albanais, devenus partenaires de différents producteurs européens d’auxiliaires. Résultat : la grande majorité des producteurs a obtenu des cultures avec des niveaux de ravageurs acceptables, de faibles résidus de pesticides, de bonnes récoltes et de bons revenus.
Ainsi, la première étape de l’introduction des auxiliaires dans la production sous serre a été franchie avec succès. Il faut reconnaître, toutefois, que l’usage désormais courant de bourdons commerciaux pour la pollinisation depuis 2012 a certainement facilité la logistique nécessaire pour faire arriver les auxiliaires vivants et à temps dans les serres. Cet usage avait aussi préparé les esprits à bien conduire des auxiliaires, puisque le recours aux bourdons impose déjà une grande prudence dans l’emploi des pesticides.
Afin d’installer un dispositif solide de conduite des auxiliaires, reproductible dans les serres de producteurs approvisionnés par différents fournisseurs, une approche de suivi homogène a été élaborée et testée. Les consultants de GOPA AFC ont sélectionné plusieurs jeunes agronomes, formés et accompagnés au dépistage et au suivi.
Dans le prolongement de l’expérience de 2023, une campagne de discussions du vendredi soir dans les cafés locaux a été menée en 2024. Un film expliquant les points essentiels de la lutte biologique était projeté, souvent suivi de débats très animés. Des brochures ont également été distribuées lors de ces rencontres et en d’autres lieux fréquentés par les producteurs. Nous avons aussi observé que les producteurs ayant réussi leur lutte biologique jouaient souvent un rôle déterminant pour convaincre leurs pairs de changer de méthode.
En 2024, 157 producteurs utilisaient déjà des auxiliaires commerciaux dans leurs serres. Au cours des projets pilotes et des démonstrations, nous avons constaté qu’avec une moindre utilisation de pesticides, des auxiliaires naturellement présents (principalement la punaise mirid Nesidiocoris tenuis) s’installaient dans les serres et se révélaient très efficaces contre certains des principaux ravageurs. GOPA AFC suit désormais 35 producteurs sous serre qui pratiquent une lutte biologique reposant principalement sur ces auxiliaires spontanés.
En 2024, les analyses de résidus ont détecté, dans les cultures conduites en protection conventionnelle, trois fois plus de pesticides que dans les légumes cultivés avec des auxiliaires. La lutte biologique fait donc une différence nette. La récolte n’étant toutefois pas encore exempte de résidus, la route reste longue.
Pour toute question, contactez la cheffe de projet Ninakristin.thurn [at] gopa-afc.de (Ninakristin[dot]thurn[at]gopa-afc[dot]de) ou les consultants de GOPA AFC pour la lutte biologique, Holger Kahl et Piro Rapushi.